Quand Paul Delaroche peint ce tableau en 1855, la mode aux jeunes filles éthérées est bien passée.S'il peint peint cette toile, c'est uniquement pour exprimer son chagrin d'avoir perdu sa fille. Un enfant qui décède c'est toujours un martyr de l'innocence, de la pureté. Dans son œuvre, le peintre paraît exprimer cette innocence, cette pureté par la simplicité de la composition, tout comme le deuil est exprimé par les ténèbres qui ont envahi la toile.
Delaroche ne représente pas sa fille sur son lit de mort. Il préfère peindre une scène historique, plus pudique. Une jeune fille – qu'importe qu'elle soit vierge, martyre – surnage des flots sombres aux vaguelettes irisées formant un halo de lumière autour du doux visage ; seul détail véritablement lumineux de l'œuvre. Au-dessus près d'un massif ténébreux qu'on imagine rocailleux, une sombre forme humaine regarde la martyre.
Qui est cet homme ? On croira trop vite qu'il s'agit du bourreau, qui vient de jeter le corps à l'eau et qui le regarde s'éloigner ou sombrer. Mais une prise de vue plus claire permet de remarquer qu'il est accompagné d'une femme éplorée se reposant sur son épaule gauche. Ce serait alors les parents de la jeune fille. Là où on était prêt à voir l'œil cynique de celui qui a raison, on découvre l'œil rempli de larmes de ceux qui aiment.